Reconnaissances Terrain & Parcours
Si j’avais su, j’aurais pris la route !
AVANT
Ce n’est pas vraiment « avant », puisque les pilotes Richard, Jacky et Étienne au volant d’Air Force 1, la voiture du directeur de course, sont déjà sur les pistes, partis depuis une petite semaine pour emmener les 4×4, nos sacs et les provisions…
Ils ont traversé le Maroc du Nord vers le Sud direction Merzouga, camp de base, où les attendait Moha notre local de l’épreuve, toujours là, fidèle au poste.
Ils ont attaqué le prologue, il faut vérifier que tout y est : un peu de sable, du reg, quelques franchissements, de beaux repères pour triangulation, histoire que nos Gazelles se testent et se rassurent.

Nous, on arrive en deuxième vague, Ludo, Antoine, André, Serge, Bernard et Val.
Les avions s’enchaînent et tout à coup on sort de sa vie, nous nous retrouvons comme séparés d’hier et depuis seize éditions, pour moi, malgré les changements, les départs de vieux compagnons, les nouveaux partenaires, le même plaisir de retrouver ceux avec qui nous allons partager dix jours ou presque de désert, de travail, de complicité et de plaisir malgré les galères parfois.
Bon, ils ont pensé à poser nos sacs dans nos chambres à Erfoud, et même mis la climatisation…à 18 degrés !
JOUR 1
Premier matin, retrouvailles au petit déjeuner de bonne heure malgré notre arrivée tardive dans la nuit, se lever tôt est une nécessaire habitude, profiter de toutes les heures du jour pour accomplir le boulot et puis quoi, les Gazelles se lèveront tôt, elles aussi !

C’est un jour sur route, d’abord, puis sur ces pistes étranges, rectilignes, interminables, comme une route américaine, mais trompeuses car le cap n’est pas si régulier qu’on pourrait le croire, on serpente sur un reg brun rouge semé de dunes petites, légères, déplacées par le vent mais opiniâtres, elles reviennent toujours se poser de loin en loin, comme des fleurs de sable clair sur ce plateau qu’au gré des années nous aimons ou détestons. Nous y avons connu les oueds tumultueux, les herbes hautes traîtresses, les orages de grêle… Cette année, chaleur calme, herbe rase sèche, belle visibilité, nous nous sommes réparti les parcours, les points particuliers, nous y croisons les premiers troupeaux paresseux et flâneurs de chameaux à peine curieux, et nous accomplissons nos tâches, relevés de points, vérifications des passages, des caps, « il faudra négocier un petit report de cap ici, mais ça se voit sur la carte, quand même ».
Un des bonheurs des recos, c’est de pouvoir se donner des rendez-vous. Nous nous regroupons pour le premier déjeuner qui réunit toute l’équipe, les gars organisés ont prévu et sorti une bâche, ici pas d’ombre, on se serre un peu pour être tous un peu moins au chaud, c’est la première salade, les premières appréciations du terrain, de nos voitures, de nous !
Sur ce plateau, nous croisons les habituelles boutiques, modestes éventails d’objets pas tous absolument artisanaux sans doute, mais entre les fossiles polis bien reconnaissables, on trouve quelques modestes poupées ou chameaux de bouts de laine comme en fabriquent les enfants qui surveillent les chèvres.
Nous redescendons vers les villages, traversés sans traîner, pour rejoindre notre premier bivouac, première nuit dehors, récompense, ce soir rougail saucisse, saveur délicate du combava parfaitement dosé, merci Brigitte.
JOUR 2
Ce matin, premier petit déjeuner, le café est prêt sur la table avant le lever du jour, le lait chauffe pour ceux qui en veulent, nous connaissons les habitudes de chacun.
Et ça commence en fanfare à la distribution des parcours, répartition des travaux du jour, chaque parcours matérialisé par une lettre, comme pour les Gazelles, et soudain une question qui nous laissent hilares et joyeux : « ARR ça veut dire quoi ? A Rolls Royce… ? » Mais oui, pourquoi pas, hein ?! Ou alors… « arrivée » ?
Sur les trajectoires de départ, de nouveaux jardins qui témoignent de la vitalité des projets, aidés par les pluies de l’année passée sans doute : il faut en faire le tour soigneusement et les baliser sur nos cartes et celles des Gazelles ; leur trajectoire, c’est tout droit bien sûr mais elles savent qu’elles doivent respecter les habitants avant leur cap. La nouvelle portion de route par contre, ça peut se traverser, voire s’emprunter si elle a le bon goût d’être dans le cap (mais non, en vérité…) mais quoiqu’il en soit, elle sera aussi tracée sur la carte, elle. Nous ne marquerons pas pour la postérité l’emplacement de notre petit café de la matinée, mais tous nous nous souviendrons d’y avoir mangé les gâteaux coco de notre absent regretté, notre Jean-Pierre et son inséparable et donc aussi regretté Thierry.
Un joyeux moulamoula, ces petits oiseaux noirs et blancs curieux et intrépides, s’assied sur le siège de Bernard le temps de notre dégustation.
Parfois, quand les Gazelles s’accordent une brève pause et qu’elles grignotent, elles s’offrent ainsi un instant de contemplation et j’ai de mon rallye le souvenir de paysages indissolublement liés à certains sandwichs à la sardine à la tomate….
La journée s’égrène de pose de CP en pose de CP dans cette grande plaine familière d’Hassi Beraber, nous y trouvons un arbre assez grand pour ombrager notre salade commune et nous offrir un modeste répit pour supporter les 44 degrés de chaleur sèche et immobile.
On discute stratégie, après palabres et discussions, nous reconnaissons tous que le dernier CP du jour est trop difficile, tant pis, on ne posera pas celui-ci mais un autre.
De toute façon, les buggys de course qui parcourent la plaine à toute allure nous imposent de changer de programme pour demain, histoire de ne pas interrompre leur course, alors on se posera plus tard que prévu puisqu’il faut rouler jusqu’à notre bivouac du départ de la 4ème étape, pas de temps à perdre si on veut arriver et monter le camp avant la nuit noire !
JOUR 3
Ce matin, on part donc du splendide bivouac de Mech Irdane, aucun de nous ne se lasse du guetteur solitaire qui se dresse sur le cirque ovale et domine orgueilleusement la plaine pendant que le jour s’installe…
« Oh, un hibou ! » dit une voix, puis : « Ah non c’est un corbeau, c’est le museau vu de face qui m’a trompé ! » Que rajouter à cette fine observation de la nature, sinon continuer à dérouler la révision du bestiaire niveau CE2 : qui c’est le papa de l’agneau ? Non, pas le mouton…
Comme conclut le chef, « heureusement qu’ils ont le niveau en pilotage et en organisation et en cuisine, hein… »
Quand même, fini de rire, au boulot, étape marathon à construire, au moins le début.
Et ça commence fort, nous sommes dans une région densément peuplée pour la région, villages, cultures et même bassines de rétention pour l’arrosage, il y a des équipes qui ne voient pas un brin d’herbe, à peine quelques coloquintes en maigres tapis, et d’autres qui doivent contourner sur des dizaines et des centaines de mètres, alors il faut tout refaire, recalculer, c’est à ça que servent les recos.
Et dans cette région splendide mais si riche en repères, on s’acharne sur nos cartes, « mais si cette pointe noire qui a la forme d’une grosse canine, c’est le A du nom de cette montagne-là, Bou Laaham, je suis sûre ! » Mais il faudrait tellement de temps pour vérifier chaque caillou, chaque relief, il faudrait se priver de plaisir de regarder, simplement, puisque nous pouvons nous offrir ce luxe interdit aux Gazelles, contempler pour le plaisir sans chercher sur la carte si ça correspond bien. Observer et s’émerveiller encore, après 1 ou 10 ou 15 ou 20 ans, de la succession des plaines rayées de jaune et gris, des lignes de crêtes des collines allant du noir au jaune presque blanc, des petits cols qui s’ouvrent sur les étendues lisses et balayées par un vent doux qui soulève à peine le sable, retrouver le relief de l’Oufatène et ses tenons de pierre, prendre comme objectif la « passe de la dune » surmontée d’un rocher qui semble une perruque huilée impeccablement peignée posée par un coiffeur soigneux.
Et reprendre le travail, contrôler les lieux de couchage de cette étape marathon, « si elles avancent bien, elles dormiront de là à là ». Et les équipes d’assistance iront vérifier par ces pistes-là que les retardataires sont bien installées même si elles n’ont pas atteint ces zones de bivouac.
Alors on peut se poser pour le repas du soir, les souvenirs, le confit et les courgettes, les projets, les rires et nos tentes paisibles et silencieuses…
JOUR 4
Notre programme est un peu bouleversé, nous avons dû intervertir nos journées de travail, on roule beaucoup, vraiment, les pistes sont rudes parfois… « Si j’avais su, j’aurais pris la route ! » devient notre hymne et conclut toutes nos doléances, nos récriminations sur l’inaction de la direction de course qui laisse des gros cailloux et des trous partout sous nos roues…
Et quand même, c’est le comble de la mauvaise foi, parce qu’aujourd’hui pour presque tous c’est la récompense, le plaisir pur, la première des deux journées de dunes. Pour presque tous, parce qu’on a quand même le droit de préférer les cailloux, les franchissements lents et méticuleux, les plaines infinies, les horizons changeants. Mais même si ce sont ces jours-là qu’on préfère, il est difficile de ne pas se laisser aller au plaisir hypnotique des dunes qui se succèdent, au couler chuintant des descentes, au moment de grâce du transfert de masse, du franchissement de la crête… quand ça passe, Bon, ça ne passe pas toujours, bien sûr, ça rugit, ça ronfle, ça recule, ça fait des gerbes, ça passe ou ça se termine par un petit coup de sangle par ci ou par-là, le décompte en est minutieux, « qui a sorti qui ?! » , cela alimentera notre conversation à l’apéro !
On progresse, on choisit soigneusement les emplacements des CPs, visibles de loin mais pas trop, de la place pour se poser et reprendre des repères : « Tu vois le tombé de la falaise là-bas ? » Et on travaille à se mettre d’accord : « OK, ce n’est pas vraiment une falaise mais tu vois le tombé, l’endroit où ça descend ? Ben, ça, c’est mon repère, je le vois depuis tout à l’heure et on ne le perd que vraiment quand on est au pied de la dune, dès qu’on monte, je le retrouve, OK ? »
Et on s’arrête, on boit, on s’arrose un peu parce que, quand même, il fait chaud, vraiment !
Notre séjour dans l’Erg Chebbi prend fin après quelques heures d’exploration, de reports de cap, de discussion sur la qualité du sable ou la possibilité de choisir d’autres entrées dans l’erg,
Et nous retrouvons la piste, nos inversions de programme nous contraignent encore à rouler beaucoup…
De vallée en vallée, de cirque de sable rose en oueds majestueux mais pas faciles à rouler, « Si j’avais su, j’aurais pris la route ! », nous finissons par choisir de bivouaquer dans la plaine, puisqu’il n’y a pas de vent et que le paysage est somptueux autour de nous. De la plaine jaillissent des reliefs isolés ou imbriqués les uns dans les autres dans une ronde de couleurs et de textures, on retrouve la tortue géante qui surveille l’horizon de son œil à demi fermé de basalte noir brillant, on plante les tentes dans une vaste étendue plane qui devient un immense lac quand les oueds débordent. Aujourd’hui, elle est creusée de mille petits trous, c’est la plaine aux souris, j’en connais qui n’auraient pas aimé l’idée…
La nuit tombe sur nos cuisiniers penchés sur le feu, ce soir, c’est kefta, le miracle renouvelé chaque année désormais des boules de viande parfumées dans le désert.
Le vol des pipistrelles ponctue notre soirée, sarabande furtive et silencieuse de petits ailerons noirs si étonnamment habiles à éviter tous les obstacles, qui dévorent les insectes attirés par notre guirlande…
La nuit sera douce à nos lombaires douloureuses, « Si j’avais su, j’aurais pris la route ! »…
JOUR 5
Ce matin les pipistrelles sont couchées, les souris se lèvent en même temps que moi pour me regarder préparer le café du matin, l’arrivée progressive de tous les membres de la troupe ne les découragent pas, elles parcourent le campement, minuscules, curieuses, gourmandes, impertinentes. Bien qu’elles soient absolument inoffensives, on suppose que les Gazelles seront contentes de ne pas dormir là, nous sommes loin de leur trajectoire.

La mise en route est rapide, nous descendons vers le Sud, la deuxième région de la course, il faut compléter la première étape marathon, parcourir la plaine de l’oued Hassi Bou Haiara et ses immenses et redoutables champs d’herbe à chameaux dans un sens et dans l’autre, « Si j’avais su, j’aurais pris la route ! « .
On se console comme on peut en contemplant les contreforts de l’Algérie, proche et inaccessible, falaises vertigineuses, cônes parfaits, tajines réguliers, cette descente est toujours un moment de bonheur, on peut croire qu’on sera lassés mais non, retrouver les mêmes reliefs, les mêmes horizons, changeants sous la lumière et les nuages, est toujours un plaisir serein, une bouffée de joie…
Bon, la joie de la contemplation n’exclut pas l’envie de confort, on prend la route ! Et on gagne du temps pour ce compte rendu et la vérification de la pharmacie, ce soir, au bivouac de Mhamid. Je compte les comprimés, je vérifie les péremptions, je trie les pansements, je tape le compte rendu, les gars posent les points de demain, en cuisine Jacky et Dédé préparent le poulet mijoté aux lentilles de ce soir, qui viendra prendre la place de nos cartes sur la table, les gars rangent leurs cartes et mettent la table, servent l’apéro, nous avons basculé dans la deuxième partie des recos et la deuxième partie de la course, nous sommes désormais plus près de la fin que du début…
JOUR 6
Ce matin, nous nous levons avec un coucher de lune rousse sur la plaine arborée, et même si nous connaissons tous par cœur le paysage autour de ce bivouac, le saisissement devant la lumière qui inonde les acacias épars est toujours une récompense joyeuse. Et ce matin, en plus, notre petit déjeuner est bercé par le concert du grillon perdu dans la voiture de Jacky.
Je sais bien que les Gazelles, quand elles convergent à pas pressés vers le briefing, ont peu la tête au paysage, mais, Mesdames, parfois, prenez le temps d’un coup d’œil, d’une halte brève, d’un émerveillement fugace, d’un petit flash de bonheur avant de partir !
Aujourd’hui on serpente proche du Draa, oued mythique aux multiples bras, splendeur de sable et de galets et de parois abruptes et de pentes douces, de méandres en méandres le fleuve change, varie, se réinvente, et nous progressons prudemment, choisissons nos franchissements sans perdre de vue la rive d’en face et notre cap, et puis Richard, prévenu par son infaillible instinct, s’inquiète de ses amortisseurs, passe sous la voiture et bingo, un boulon nous manque… C’est l’un des constants épisodes de ces recos, comme du rallye, autant pour les concurrentes que pour les orgas, que les pannes mécaniques, elles font partie intégrante de l’aventure, l’assistance est là pour aider les Gazelles, mais elles font souvent preuve d’inventivité et de beaucoup d’ingéniosité pour ne pas encaisser de points de pénalité !
En tout cas, la pause méridienne tombe bien, il fait chaud, même sous l’immense acacia qui nous abrite tous, il fait faim et tous ceux qui ne cuisinent pas participent de près ou de loin à chercher – et à trouver ! – une solution au moins temporaire au manque de boulon, l’amortisseur semble décidé à tenir jusqu’au soir au moins, mais tout ça nous conforte dans l’idée que les pistes sont rudes, ici….
« Si j’avais su, j’aurais pris la route ! »
Moi, j’ai un peu pris la tangente pour écrire, puis aussi m’endormir, je le reconnais sans peine puisque tous les garçons sirotent sans faire de bruit leur café en attendant que je me réveille pour redémarrer, merci messieurs…
La journée s’étire, on n’en finit pas de vérifier tous les points, réfléchir aux CP, possible ? Ici ? Plutôt là ? Longue journée, très longue journée et franchissements pas toujours simples, au total malgré le doigté de Richard, le support de l’amortisseur rend l’âme, soirée « méca » pour lui en perspective… il se consolera lorsque nous partagerons la Riste d’aubergine et le poulet coco !
Pleine lune à l’installation du camp. La nuit sera fraîche.
JOUR 7
La nuit a été fraîche, oui… mais bavarde ! En tout cas, l’âne du voisin a été bavard, vraiment ! Et cette courte nuit venant après plusieurs jours de chaleur et de boulot nous rend un peu moroses…
À l’aube de cette sixième et dernière étape, quel que soit notre habitude et nos expériences, nous sommes fatigués, mais pas plus et sans doute plutôt moins que ne le seront les concurrentes ; la preuve, le chef, ce matin, après nous avoir gratifiés d’un discours d’encouragement un peu confus, est monté dans sa voiture par la porte arrière… Mais il n’y a pas de place pour l’abattement, les dunes de Chegaga nous attendent comme elles attendront les Gazelles, patientes, immobiles, à peine bruissantes du vent qui souvent les caresse dans cette partie du parcours.
Donc sus aux dunes, les amortisseurs sont vérifiés, la lune se couche discrètement pendant que nous posons nos derniers points sur nos cartes, l’âne s’est endormi, le bougre, ou il est parti brouter plus loin.
Avant les dunes, quand même il y a un peu de route et de CPs à vérifier, nous suivons un oued sableux bien confortable et on en profite pour recharger au puit les jerricans d’eau pour la douche de notre bivouac de ce soir, le dernier des recos.
La discussion s’engage sur la radio, « on retient quoi comme surprise pour cette 35ième édition » ? On a déjà testé quelques nouveautés, possibles, engagées, sympa, ça discute ferme. Les pistes sont au cap parfois, et plutôt moins pénibles ici, on vérifie nos derniers points dans la plaine et on converge vers les points d’entrée prévus dans les dunes. Avant de les tester, le cuistot propose un en-cas d’encouragement : hot-dog ! Ca ronchonne un peu sur la qualité nutritionnelle… mais qu’est-ce que c’est bon !

En vérité, il n’est pas vraiment besoin d’être encouragé pour s’élancer dans l’Erg Chegaga, les dunes y sont plus rondes, plus douces, il y a de longs chotts et des cols qui sont presque des pistes, cette année les grandes plaines vallonnées sont parsemées d’innombrables flocons d’herbes basses, dans lesquelles nous traçons des sillons entre les paquets de dunes.
Nous passons juste au-dessus d’une houle de petites dunes parfaitement alignées comme à la parade, les CP se posent, nous progressons lentement car le parcours est résolument différent cette année, il faut tout recalculer, être sûrs de faire de cette édition une année encore plus inoubliable pour toutes les Gazelles…
Après la salade sur le pouce, le vent se lève un peu mais sans soulever le sable, la visibilité reste parfaite, on en profite pour prendre quelques photos et repères à intégrer aux cours de nav’ qui commencent en décembre, trianguler ici c’est possible !
C’est une belle journée de recos, nav, pilotage, réflexion, nous savons parfois encore mieux certains jours pourquoi nous sommes là, et fatigués mais heureux.
Ce soir dernier bivouac des recos, pâtes à la tomate, longues spéculations sur le temps qu’il faut à la lune pour se lever, pas longtemps, et le silence retombe sur notre tout petit village de tentes et de voitures, nuit calme un peu fraîche…
JOUR 8
Ce matin, le petit déjeuner trainera un peu, on s’arrache sans plaisir de nos matelas, le pliage de tente est long, elles dormiront plusieurs semaines ou mois avant de revoir le terrain, on prépare la route de sortie, sortie des dunes, d’abord, puis du lac Iriki, puis repérage de beaux reliefs et nouveau relevé de photos pour illustrer la triangulation pendant les cours de nav, et ça discute ferme et ça fait des tests pour savoir si « vraiment on gagne du temps en prenant la piste ou ce n’est pas franchement mieux au cap ? »
De CP en CP dans la plaine, de convois patients sur la piste en cailloux (« Si on avait su, on aurait pris la route, hein… ») en égaillement entre les acacias pour chercher les meilleurs emplacements pour les pointeurs, on se rapproche inexorablement de l’oasis au pied de la montagne où se dresse un doigt de roche, veilleur silencieux et un peu inquiétant, puis de la dernière plaine d’acacias et de l’emplacement du dernier bivouac, celui où les concurrentes et les orgas feront leur première fête de fin de course, ensemble au bivouac, ensemble sans familles, sponsors, curieux, encore ensemble seulement, sous le feu d’artifice.
Après ce sera le goudron, le retour, le sable qu’on retrouve dans les poches, les chèches qu’on renonce à laver pour se sentir encore la poussière de temps en temps et les cartes et les règles de nav qu’on range en attendant le rallye.
